Témoignages

D'après ma prof d'espagnol, j'allais finir maçon à cause de mon nom italien ! »

Adrien Fisicaro

Adrien Fisicaro, 20 ans
© Photo de Sylvain Marcelli

Je ne me voyais pas du tout devenir ingénieur. À vrai dire, je ne pensais pas aller plus loin que le BTS. En classe de seconde, je n'avais aucune idée du métier que je voulais faire. Ma prof d'espagnol m'avait dit que j'allais finir maçon à cause de mon nom italien ! Mes parents me voyaient avocat ou médecin. Mais ils m'ont laissé carte blanche pour mon parcours scolaire. C'est un prof qui m'a incité à partir en prépa. J'ai trouvé intéressant de relever le défi. Dans ma classe, nous sommes trois à avoir fait ce choix. Le premier s'est inscrit dans une prépa intégrée. Le deuxième est reparti en BTS après la Toussaint, il n'a pas tenu le rythme. Pour ma part, je me suis accroché. Grâce à la prépa, j'ai intégré l'Ensait de Roubaix (École supérieure des techniques industrielles et des textiles).

Je ne savais pas qu'il existait une autre voie que le BTS ou le DUT »

François Fouque

François Fouque, 25 ans
© Photo de Sylvain Marcelli

J'ai obtenu mon bac STI à Lille avec la mention « Bien ». Je pensais que le BTS ou le DUT était la seule voie possible. Je ne savais absolument pas qu'il existait un autre cursus. Ma mère a entendu parler de la prépa TSI un peu par hasard. J'ai tenté ma chance. Finalement, après trois ans de prépa, j'ai intégré Polytech'Lille. Lors de mon dernier stage, j'ai découvert l'environnement hospitalier. J'aimerais devenir responsable des services techniques des hôpitaux… Cette prépa marche bien parce qu'elle est très conviviale. Tout le monde évolue ensemble. Au lieu de s'écraser les uns les autres, on préfère s'entraider.

Les conseillers d'orientation me voyaient en BEP et j'ai fait Normale Sup ! »

Yves-Laurent Allaert

Yves-Laurent Allaert, 27 ans
© Photo de Sylvain Marcelli

Après un bac Génie mécanique, je voulais m'inscrire en BTS. Mais le responsable de la section BTS du lycée privé Ozanam de Lille m'a fait signer d'office un dossier d'inscription pour la prépa TSI. Dès le début, j'avais décidé de cuber : trois ans de prépa, c'était plus facile pour préparer les concours ! J'ai réussi à intégrer l'ENS Cachan. Je suis actuellement en thèse à la fois aux Arts et Métiers à Lille et dans le laboratoire de Supélec. Du coup, moi qui voulais faire un BTS, je donne des cours à des ingénieurs !

L'égalité des chances façon Sciences Po ? C'est une c… Au lieu d'inventer de nouvelles voies d'accès, il suffirait de faire connaître les passerelles qui existent déjà ! En effet, la prépa TSI n'est référencée nulle part dans les plaquettes d'information. Les personnels d'orientation ne la connaissent pas. Ces gens ont notre avenir entre leurs mains mais ils ne s'en rendent pas compte. Ils ne sont pas capables de comprendre que l'ennui en classe peut expliquer de mauvais résultats… Ils voulaient m'envoyer en BEP, finalement j'ai fait Normale Sup !

Les autres élèves de terminale trouvaient suicidaire de partir en prépa »

Guillaume Dhallewin, 24 ans
© Photo de Sylvain Marcelli

En terminale STI, un prof m'a dit, presque pour rire : « Ça ne t'intéresserait pas de faire une prépa ? » J'ai téléphoné directement au lycée Colbert. Je n'ai raccroché qu'une heure après ! Madame Wlodarczak (responsable de la prépa) a tout fait pour me convaincre. Pour beaucoup d'élèves de ma classe, tenter une prépa était suicidaire. Mais je n'avais pas trop peur. Je me suis inscrit en juin et je suis le seul de ma terminale à avoir fait ce choix.

Les premières semaines après la rentrée, j'étais perdu ! Bosser le samedi matin, c'était vraiment dur pour moi. Jusqu'à la Toussaint, je me suis demandé si je n'allais pas abandonner pour aller en BTS. Après, j'étais dans le rythme et, de toute façon, il était trop tard pour faire marche arrière ! Après deux ans de prépa, j'ai intégré l'INSA de Lyon. J'en suis sorti en septembre. Je suis actuellement en recherche d'emploi. Je me rends compte, lors des entretiens, que mon C.V. parle aux recruteurs : le fait d'avoir obtenu un BEP et un CAP en électrotechnique avant d'intégrer une école d'ingénieurs leur plaît beaucoup. Ils interprètent ce parcours comme une preuve de motivation.

Dès la première, les profs nous ont motivés pour rejoindre la prépa »

Dimitri Lootens, 22 ans
© Photo de Sylvain Marcelli

J'ai fait ma première et ma terminale STI au lycée Colbert de Tourcoing. Les profs nous ont tout de suite parlé de la prépa. Nous nous motivions pour être les meilleurs, dans l'idée d'intégrer cette classe. On allait voir les élèves qui étaient déjà en prépa, c'était facile en étant dans le même établissement ! Nous étions six à postuler. Finalement, trois élèves ont été acceptés. Pour ma part, j'ai intégré Polytech'Lille.

Il y a un gros problème d'orientation en classe de troisième »

Martial Blervacque

Martial Blervacque, 21 ans
© Photo de Sylvain Marcelli

Quand j'étais au collège, je travaillais pendant les vacances avec mon père, artisan électricien. Je me suis aperçu que beaucoup de chefs de chantier méprisaient les ouvriers, sans connaître ce métier. Pour ne pas tomber dans le même travers, je voulais absolument acquérir un bagage professionnel avant de suivre des études d'ingénieur. Je me suis donc orienté vers un BEP électrotechnique. J'ai dû batailler avec le proviseur pour pouvoir m'inscrire : il ne comprenait pas pourquoi, alors que j'avais de bons résultats, je voulais m'orienter vers cette filière. Pour lui, le BEP était réservé aux élèves qui ont huit de moyenne. Je crois qu'il y a un gros problème d'orientation en classe de troisième.

En terminale, j'ai appris l'existence de la prépa TSI par mon prof de physique. On était en mars et on peut dire que l'information n'est pas arrivée rapidement... Je suis certain que d'autres élèves de ma classe auraient été capables d'aller en prépa. Mais les profs, jugeant que c'était trop dur pour eux, ont préféré les orienter vers le BTS. Pour que je puisse entrer au lycée Colbert, j'ai dû me battre. Ca a été la croix et la bannière pour faire signer mon dossier de demande d'admission !

Pourtant, en prépa, les profs font tout pour que l'on réussisse, ils passent autant de nuits blanches que nous ! Et, à la différence des prépas parisiennes, les élèves ne se font pas la guerre. Si c'était à refaire, je resigne ! Les conditions de travail sont excellentes. Après avoir passé les concours Centrale et CCP (concours commun Polytechnique), j'ai obtenu mon premier vœu, je suis entré aux Mines de Paris.

Depuis la rentrée, je sens toujours une différence avec les autres élèves. Ils ne sont pas comme moi. Il y a un décalage total. Les filles s'habillent par exemple chez Chanel ou chez Dior. Je suis halluciné par le budget accordé aux associations étudiantes. C'est un autre monde. Par ailleurs, j'ai un côté plus terre-à-terre, j'ai gardé des raisonnements de gars de chantier ! Alors que la plupart des étudiants n'ont étudié que les maths et la physique, je sais monter et démonter un moteur de voiture. J'ai un gros avantage technique sur eux. En revanche, je dois bosser pour rattraper leur niveau dans les matières scientifiques.